« Combien je facture ? » est la question qui bloque le plus de départs en indépendant. Elle a pourtant une réponse méthodique, en quatre étapes.
Étape 1 — Partir du revenu net visé
Prenez le net mensuel que vous voulez percevoir. Pas le salaire que vous aviez : celui dont vous avez besoin, augmenté de ce qui justifie le passage en indépendant. Multipliez par douze pour obtenir le net annuel cible.
Étape 2 — Remonter au chiffre d'affaires nécessaire
Selon le statut, le rapport entre chiffre d'affaires et net encaissé varie fortement :
- Micro-entreprise : environ 70 à 75 % du CA, hors impôt sur le revenu.
- Portage salarial : environ 45 à 55 % du CA.
- SASU / EURL : environ 55 à 65 % selon l'arbitrage salaire/dividendes.
Divisez donc votre net annuel cible par ce ratio. Un net de 48 000 € visé en portage suppose un chiffre d'affaires de l'ordre de 90 000 à 100 000 €.
Étape 3 — Compter les jours réellement facturables
C'est l'étape que presque tout le monde rate. Une année compte environ 218 jours ouvrés. Retirez :
- 25 à 30 jours de congés — vous y avez droit aussi ;
- 10 à 20 jours d'intercontrat, même pour un bon profil ;
- 5 à 10 jours de commercial, formation, administratif, veille.
Il reste 180 à 200 jours facturables. Pas 218, et surtout pas 250.
Étape 4 — Diviser et confronter au marché
TJM = chiffre d'affaires nécessaire ÷ jours facturables. Sur notre exemple : 95 000 ÷ 190 ≈ 500 € par jour.
Confrontez ensuite ce chiffre au marché de votre métier, de votre séniorité et de votre région. Si votre calcul donne 700 € pour un profil dont le marché est à 500, ce n'est pas le marché qui a tort : c'est votre cible de revenu ou votre positionnement qu'il faut retravailler — en montant en spécialité, par exemple.
Ce qui fait varier le TJM autour de la moyenne
- La rareté de la compétence, bien plus que le nombre d'années d'expérience.
- Le secteur : banque, assurance et énergie paient structurellement mieux que le retail ou l'associatif.
- La région : l'Île-de-France reste 15 à 25 % au-dessus des régions, écart partiellement absorbé par le télétravail.
- Le canal : en direct, vous captez la marge que prendrait un intermédiaire.
- La durée : une mission longue justifie parfois une légère décote, une mission courte et urgente une prime.
Trois erreurs classiques
Facturer « comme le collègue » sans vérifier son statut. Un TJM de 450 € en micro-entreprise et en portage ne donnent pas du tout le même net.
Oublier les frais professionnels : matériel, logiciels, assurances, déplacements, formation, mutuelle. Comptez 3 000 à 6 000 € par an minimum.
Ne jamais réviser. Un TJM se revoit au renouvellement, avec des arguments : périmètre élargi, montée en responsabilité, inflation, compétence rare acquise pendant la mission.
Le test final
Un bon TJM est un tarif que vous pouvez annoncer sans hésiter et justifier en deux phrases. Si vous baissez la voix en le donnant, il est probablement trop bas — ou vous ne l'avez pas encore calculé.

